DE LA PREHISTOIRE A LA FIN DE L’ANTIQUITE

Aux XIXe et au XXe siècle, on a trouvé des haches de pierre polie à Beigneaux et des silex taillés à Mont-Robert. Si aucun habitat n'a pu jusqu'ici être mis à jour, le site a au moins été un lieu de passage ou de chasse dès le paléolithique puis au cours du néolithique.

A la fin du XIXe siècle, on a également trouvé à la limite de Rieux et de Montenils (77) une petite meule de pierre qui, à l’époque, a été donnée pour protohistorique. Cette pierre ne nous étant pas parvenue et n'étant pas décrite avec plus de précision, nous ne pouvons nous prononcer sur cette attribution.

En l’absence de découvertes significatives, il serait hasardeux de se prononcer sur l’occupation du site lors des périodes suivantes et jusqu’au haut Moyen Age. Toutefois, l’existence d’une source dans Rieux appelée fontaine Saint-Laurent, dont l’eau était connue pour guérir de divers maux ceux qui en buvaient incite à penser que le lieu, était, sinon habité, du moins fréquenté depuis au moins l’époque gallo-romaine.

De même, la toponymie nous apprend que Beigneaux existait déjà à cette époque. Comme il est situé à la source du Ru-de-Montbout, affluent de la Vernelle, on peut supposer que sur le parcours de ces ruisseaux il y avait d’autres établissements humains.

Le territoire auquel appartenait Rieux faisait partie de la Gaule Celtique. Avant la conquête romaine, il dépendait peut-être de la civitas (portion de territoire correspondant à une région ou un département) des Sénons (dont la métropole était Sens, Yonne) mais il a ensuite dépendu de celle des Tricasses (métropole : Troyes, Aube). L’autre rive du Petit-Morin relevait de la Gaule Belgique.

Durant le bas Empire, la commune de Rieux faisait partie de la 4e provincia (région) de Gaule Celtique (métropole Sens), de la civitas des Tricasses (Troyes) et, probablement, du pagus (l’équivalent d’un arrondissement) de Cupidus (Queudes). Il existait également une division territoriale plus petite, le vicus, mais définir celui auquel appartenait Rieux serait de la pure spéculation.



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LE HAUT MOYEN AGE

Après la chute de l’Empire romain, les divisions administratives sont, dans un premier temps, restées en place. La Gaule a cependant été divisée en différents royaumes et il est difficile de savoir avec précision desquels Rieux a fait partie. On peut juste supposer que jusqu’en 524, il s’agissait du royaume de Soissons, puis, jusqu’en 558, de celui de Metz avant d’être incorporé dans celui de Bourgogne. De l'autre côté du Petit-Morin, Montmirail était alors en Neustrie et la frontière avec le royaume d'Austrasie se trouvait entre Vauchamps et Fromentières, à une douzaine de kilomètres de là.

La toponymie nous apprend qu’à l’époque mérovingienne le territoire de Rieux était couvert de fermes toutes situées sur le parcours ou à la naissance du Ru-de-Vinet et de ses différents affluents et d’un seul hameau, Villeperdue, qui semble avoir été au croisement d’une route Maclaunay-Meilleray et d’un route Tréfols-Château-Thierry. Rieux même ne semble avoir connu aucune installation humaine à cette époque.

Il est cependant possible qu’au VIIIe siècle, le territoire de Rieux ait été cultivé par le tout proche établissement religieux de La Celle-sous-Montmirail (02) et qu’à la disparition de celui-ci , après 836, une ferme ou un hameau ait continué à en exploiter le sol, ce qui serait à l’origine du village actuel.

Vers 811, probablement pour former une marche militaire permettant la lutte contre les invasions normandes, la civitas de Meaux a été augmentée de terres prises sur les civitates voisines parmi lesquelles se trouvaient la moitié du pagus de Queudes, dont Rieux. Les comtes dirigeant le pagus de Meaux étaient théoriquement nommés par le roi ou l’empereur mais en 896, Herbert de Vermandois a hérité de la fonction, ce qui a fait de lui le premier véritable comte de Meaux, c'est-à-dire, dirigeant du comté de Brie, de la France féodale.

L’Eglise avait, elle, conservé les divisions administratives héritées de l’Empire romain : la provincia était devenue province ecclésiastique, la civitas, diocèse, le pagus, archidiaconé et le vicus, quand il avait survécu, doyenné..Rieux a ainsi fait partie jusqu’à la Révolution de la province ecclésiastique de Sens, du diocèse de Troyes et de l'archidiaconé et du doyenné de Sézanne.

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L’EPOQUE FEODALE

Au cours des Xe et XIe siècles, le comté s’est morcelé en une multitude de seigneuries dont certaines étaient très étendues et très riches. Il en était ainsi pour les seigneuries de Montmirail et de La Ferté-Gaucher qui, dès le XIe siècle, étaient possédées par le même seigneur. C’est probablement à partir de cette époque que Rieux, situé sur la route menant aux deux villes, a commencé à grossir puis est devenu un village.

On peut supposer que dés la fin du XIe siècle, Rieux avait un seigneur. Peut-être le premier d’entre eux a été le plus riche propriétaire des lieux mais, si on admet que la seigneurie a été créée par les sires de Montmirail, il est possible d’avancer l’hypothèse que le premier de la lignée ait été un proche de ce suzerain.

Pour ce qu’on en sait, c’est vers 1100 que l’église primitive a été construite. C’est en 1159 qu’on trouve la plus ancienne trace de dîmes versées par la paroisse.

Thibaud, déjà comte de Meaux, a hérité du comté de Troyes et du titre de comte de Champagne en 1125. C’est peut-être lui qui a réorganisé le comté en baillages et châtellenies (ou prévôtés), héritières des divisions administratives précédentes. Rieux faisait théoriquement partie de la châtellenie de Lachy (puis, à partir du milieu du XIIe siècle, de celle de Sézeanne) mais l’étude des recensements de fiefs montre que le village dépendait en fait directement de la seigneurie de Montmirail.

Le premier seigneur de Rieux qui nous soit connu est un certain Pierre (Petrus de Rius dans le texte en latin), cité vers 1172. Il possédait également des fiefs plus au sud dans la châtellenie de Chantemerle (baillage de Meaux). Il était notamment seigneur de Montgenost et de Villeneuve-Saint-Vistre et possédait le fief de La Vanchère, probablement une ferme, aujourd’hui disparue, situé entre les communes de Barbonne-Fayel et de Fontaine-Denis-Nuisy. Il est possible qu’il ait eu d’autres fiefs situés dans les seigneuries de Montmirail ou de La Ferté-Gaucher mais le détail ne nous en est pas connu.

A cette époque, les comtes, comme les grands seigneurs, faisaient en sorte que des châteaux-forts ne puissent pas se construire n’importe où, sur leurs terres, de peur que l’un d’eux ne tombe aux mains d’un ennemi ou d’un vassal rebelle. De ce fait, il n’y avait pas de château à Rieux et le seigneur des lieux ne résidait que dans une simple demeure non-fortifiée.

En 1210, nouvelle mention de Pierre de Rius, associé cette fois à son fils Hugues. Il pourrait s'agir du fils, voire du petit-fils du Pierre cité auparavant mais nous pensons qu'il s'agit du même. En effet, le fait qu'il soit associé à son fils nous semble correspondre à un homme déjà âgé qui prépare sa succession avec un fils déjà largement majeur et responsable. Pierre et Hugues étaient alors toujours donnés comme étant seigneurs de Rieux, de Montgenost et de Villeneuve.

Vers 1220 commence à être signalé un seigneur de Hochecourt et en 1249 on parle de sa demeure. Cette dernière était probablement le château-fort dont on devine les vestiges au lieu-dit Le Bois-Dourat. Hochecourt étant la pointe de la sorte d’avancée des possessions des comtes de Champagne dans les terres des seigneurs de Montmirail et de La Ferté-Gaucher, il est probable que ce château dépendait du prévôt de Sézanne.

En 1226, Foenia de Rieux et ses fils ont fait une dotation à l'hôtel-dieu de la Basse-Chaussée (faubourg de Montmirail situé sur l'actuelle commune de Mécringes). Il est possible que cette Foenia était la veuve de Hugues de Rieux et que l'aîné de ses fils était alors encore sous sa tutelle. Parmi les terres dont les rentes sont affectées à la maison-dieu se trouvaient probablement celles de Mont-Robert qui allaient être source de litiges entre les seigneurs de Rieux et les sœurs de la maison-dieu aux XVe et XVIe siècles.



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LES PASTOUREL DE RIEUX

Selon un titre écrit entre 1234 et 1249, une Marie de Rieux était l'héritière d'un certain Pierre Le Coq. Bien que les éléments en présence ne nous permettent pas de l'affirmer, nous admettrons malgré tout que Pierre Le Coq était le fils d'Hugues de Rieux.

En 1250, Pierre de Montmirail, archidiacre de Brie en l'église de Meaux, a affecté les rentes des terres qu'il possédait à Rieux à la dotation du chapelain de la maison-dieu de la Basse-Chaussée. Les auteurs du XIXe siècle ont traditionnellement admis qu'il avait également été seigneur de Rieux mais la mention de Marie de Rieux dans des documents de la même époque nous apporte la preuve contraire.

Ce Pierre de Montmirail était fort riche et à sa mort un grand nombre de dotations a été fait. On considère généralement que c'est l'une d'elle qui a servi à l'édification du chœur de l'église de Rieux.

Rieux était alors probablement un village prospère, s’étalant sur 8 à 10 hectares, doté d’industries le long des rus, notamment le Ru-des-Forges (ou Ru-de-Bécheret).

Marie de Rieux était, entre 1234 et 1249, veuve d’un certain Jean Pastourel qui semble être issu d’une famille de légistes parisiens des XIIIe et XIVe siècles. Elle tenait encore en fief la moitié de Villeneuve-Saint-Vistre qui se trouve du côté de Queudes. Montgenost était quant à lui tenu en arrière-fief par un certain Pierre Chupez, seigneur de Sancy (02). Montgenost n'apparaîtra plus par la suite dans les possessions des seigneurs de Rieux. Vers 1249, il était tenu par Agnès, dame de Périgny-la-Rose (10), sans qu’on sache si elle l’avait obtenu par achat ou par succession.

Vers 1265, une Marie de Ruix possèdait des prés au lieu-dit Le Port à Nogent-sur-Seine (10). Nous supposons qu'il s'agit toujours de la même Marie.

En 1300, Rieux appartenait à un Pastourel dont nous ignorons le prénom. Il était dénommé écuyer et était marié à Jeanne Daulésy. Il s'agit selon toute vraisemblance d'un petit-fils de Jean Pastourel (décédé avant 1249) et de Marie de Rieux.

En 1350, Jeanne Daulésy, alors veuve, et Gauthier Pastourel de Rieux, son fils, ont souscrit une transaction relative à la rente due par la terre de Rieux à la Maison-Dieu de la Basse-Chaussée.

En 1355 les élections, circonscriptions financières chargées de la perception et de la répartition des impôts publics, ont été créées dans le royaumes. Rieux était alors compris dans l'élection de Troyes.



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LA GUERRE DE CENT ANS

De 1357 à 1380, les conséquences de la guerre de Cent Ans ont commencé à se faire sentir en Champagne et dans la Brie (jacqueries et chevauchées anglaises auxquelles viennent s’ajouter une épidémie de peste). Il ne semble pas que Rieux ait été touché directement par ces fléaux même si l’étude des dîmes versées par la paroisse montre qu’il n’y a eu une baisse de revenues de 20% sur cette période, preuve d’un ralentissement économique certain.

C’est peut-être pour compenser cette baisse que Charles VI a accordé une aide exceptionnelle à toutes les cures du diocèse de Troyes en 1381. Le curé de Rieux a alors reçu 15 sous, soit moins de 2% du revenu de la paroisse

Par contre, il est probable que dans ce climat d’insécurité, le seigneur des lieux ait alors décidé de fortifier sa demeure, en l’entourant d’un large fossé et en l’équipant d’embrasures de tir par exemple.

En 1420, le traité de Troyes a livré la France au roi d'Angleterre Henri V mais de nombreuses places-fortes ont continué à résister, notamment en Champagne et en Brie. Après une épidémie de peste en 1422, les troupes anglaises se sont lancées en 1423 dans une conquête du comté qui a mené à de nombreux pillages et exactions.

Pendant l’été 1429, il y a eu une série de batailles entre Anglais et Français dans les environs de Rieux. Montmirail est notamment repris le 1er août.

En 1430, le roi Henri V a donné la Champagne et la Brie au duc de Bourgogne Philippe III, ce qui a mené à une reconquête de la région par les troupes anglo-bourguignonnes, notamment de 1431 à 1433.

La reconquête française a commencé en 1436 et ce n’est qu’en 1445 que la Champagne et la Brie ont été libérées des dernières troupes anglaises et bourguignonnes.

C’est probablement lors d’une de ces conquêtes et reconquêtes que le château-fort d’Hochecourt a été ruiné. La terre de Rieux a également été durablement dévastée, à tel point qu’en 1457, la paroisse de Rieux a versé une dîme représentant moins du vingtième de ce qu’elle avait versé en 1407.



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GUILLAUME DE RIEUX ET SA DESCENDANCE

En 1446, le premier seigneur de Rieux dont on retrouve trace depuis 1350 est Guillaume. En plus du titre de seigneur de Rieux, il possédait les fiefs de Condry et de La Montagne à Neuvy. Cette année-là, il a passé un accord avec les sœurs de la maison-dieu de la Basse-Chaussée pour échanger les terrages qu’elles possédaient à Mont-Robert contre une rente en blé et avoine car les ravages de la guerre avaient rendu ces terres sans valeur.

En 1456, cependant, le seigneur de Rieux a obtenu une réduction sur les arriérés qu’il devait aux sœur, ce qui montre bien qu’il était alors dans l’incapacité de leur livrer leur dû et qu’onze années après le départ des troupes de la région, les champs n’étaient pas encore capables de créer des excédents.

Guillaume de Rieux a été maître d'hôtel du roi Louis XI et, sans en avoir été réellement un, semble néanmoins avoir été familier avec les hauts dignitaires du royaume.

Il a épousé à une date inconnue Jeanne de Verdelot qui lui a amené en dot la seigneurie de Villiers-Saint-Georges (77) et celle de Survilliers (95).

De ce mariage est née une fille, Jeanne, qui a épousé avant 1489 Christophe, seigneur de Plailly (60), Mortefontaine (60) et Bertrandfosse (à Plailly), maréchal des logis et chargé de missions de nombreux rois. Elle lui a apporté en dot la seigneurie de Survilliers, voisine de celles de Plailly et Mortefontaine.

En 1480, les diverses élections situées dans la Champagne et dans l'Ile-de-France ont été regroupées en une généralité d'Outre-Seine.

Guillaume de Rieux est décédé le 29 juillet 1502 dans le château de Villiers où il résidait principalement, celui –ci étant probablement plus agréable, confortable et spacieux que celui de Rieux ou que ceux de Neuvy. Il a été inhumé en l’église de la commune et ses possessions sont passées à sa fille.

En 1509, la coutume du comté de Champagne a été écrite.C'est la coutume de Meaux qui a été appliquée à Rieux.

Jeanne de Verdelot est décédée à son tour en 1517 et a été inhumée aux côté de son mari. Leur dalle funéraire est aujourd’hui encore exposée dans l’église. La seigneurie de Villiers-Saint-Georges est alors retourné à la famille de Verdelot.

Christophe de Plailly est mort en septembre 1518.

Veuve depuis huit ans et sans héritier, Jeanne de Rieux a donné par contrat le 19 octobre 1526 le vicomté de Condry à Charles Paris, fils du seigneur de Boissy (à Forfry, Seine-et-Marne) à l’occasion de son mariage avec Catherine de Lenharé. Les raisons de ce don et les éventuels liens de parentés entre les protagonistes nous sont inconnus. De se mariage naîtra une fille, Marie.

La généralité d'Outre-Seine est démembrée en 1523. Rieux s’est alors retrouvé dans la généralité de Troyes dépendent alors de la généralité de Paris.

Jeanne de Rieux est décédée le 9 septembre 1531. Au vu des successions qui suivront, il apparaît comme évident que c’était Catherine de Lenharé qui avait hérité de la seigneurie de Rieux. Par contre nous ne savons pas si ce n’est qu’au moment du décès de Jeanne ou bien si elle l’avait déjà acquise auparavant, à l’occasion de son mariage par exemple.



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LE XVIe SIECLE

Charles Paris est décédé à une date inconnue mais probablement peu de temps après son mariage.

Catherine a alors épousé en seconde noce Philippe d'Isque, seigneur de Violaine-en-Brie (probablement Vulaines à Yèbles, Seine-et-Marne), lui-même veuf.

Philippe d'Isque avait eu de nombreux enfants avec sa précédente épouse, dont Georges, qui épousera vers 1550, Marie Paris, la fille de sa propre belle-mère.

En 1544, des troupes françaises et espagnoles ont pillé la Brie pendant plusieurs mois. Il est possible que la vallée du Petit-Morin – et donc Rieux – aient subit leurs exactions.

En 1552 sont instaurés les présidiaux, chargés de juger les affaires mineures. Rieux est rattaché au présidial de Provins.

En 1557, une partie de l’élection de Troyes a été démembrée pour former l’élection de Sézanne et Rieux en dépendra.

De 1562 à 1598, la Brie a été secouées sporadiquement par des batailles, des pillages et d’autres exactions au cours des oppositions entre catholiques et huguenots puis entre gens du Roi, ligueurs et huguenots.

La noblesse briarde ayant souvent rejoint le camp de la Réforme et certains membres de la famille d’Isque ayant été huguenots, il est possible que les seigneurs de Rieux l’aient eux-mêmes été. C'est ce que laisse d’ailleurs supposer la tradition reportée par Jean-Baptiste Jacques Paré dans ses notes. Ces mêmes notes laissent également supposer une mise à sac de l'église, peut-être directement par les seigneurs de Rieux, qui auraient alors fait disparaître toutes les représentations qui l'ornaient : peintures, statues, vitraux…

Devenue vassale à une date inconnue de la seigneurie de Launoy-Renault (à Verdelot, Seine-et-Marne), c’est à son seigneur que, le 15 septembre 1566, Georges d'Isque a rendu hommage pour Rieux. On peut supposer qu'à ce moment-là, à la fois Catherine de Lenharé et Marie Paris étaient décédées, ce qui explique que Rieux soit passé à un gendre.

Cet hommage nous apprend que la seigneurie de Rieux possédait alors trois manoirs : l’un, à Rieux même, appelé le Grand-Hôtel, un autre à Beigneau, entouré de fossés et un dernier au Pré-Aubert (que la tradition situe près de Chénézard).

En 1567 est créé à Sézanne un baillage royal ressortissant au présidial de Provins, dont Rieux dépendra.

Puis, en 1583, l'élection de Sézanne est passée à la généralité de Châlons.

Vers 1595, les sœurs de l’hôtel-dieu de la Chaussée ont fait saisir par Jacques Poulle, bailli de Sézanne, les terres de Mont-Robert pour lesquelles les seigneurs de Rieux ne payaient plus les arrérages depuis un certain temps.

En 1597, au décès de Georges d'Isque, ses possessions ont été réparties entre les enfants qu'il avait eus avec Marie de Boissy et ceux que son père avait eu de son second mariage. La seigneurie de Rieux a alors été partagée au moins en quatre.

La partie de Rieux où se situait le Grand-Hôtel a échu à Nicolas de Mussen, fils ou veuf d'une des filles issues du mariage de Philippe d'Isque et de Marie de Lenharé. Le détail des autres parts ne nous est pas connu même si les trois personnes suivantes en ont hérité d'une :

- Marie d'Isque, fille de Georges d'Isque et de Marie Paris, épouse de Louis de Bacquencourt,

- Madeleine d'Isque, sœur de la précédente, épouse de Philippe de Boubers, seigneur de Montévrain (77) et de Doussigny (commune de Tréfols),

- Jean d'Isque, fils de Philippe d'Isque et de Catherine de Lenharé.



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LES BOUBERS DE RIEUX

Nicolas, fils de Philippe de Boubers et de Madeleine d’Isque a épousé vers 1610 Françoise de Lenharé avec laquelle il aura un fils, Jacques.

Le 4 janvier 1613, Nicolas a rendu hommage pour sa part dans la seigneurie de Rieux. On peut supposer que le dernier de ses parents, Philippe de Boubers ou Madeleine d'Isque, venait de disparaître.

Nicolas de Boubers est décédé peu de temps après. Jacques a alors hérité du fief de la seigneurie de Rieux mais, à cause de son jeune âge, a été placé sous la tutelle de sa mère et de sa grand-mère, Anne de Dampierre.

En 1628, Jacques de Boubers a épousé Louise de Condé, dame de Janvilliers, avec laquelle il aura deux fils et au moins deux filles. A une date inconnue, Jacques deviendra maître d'hôtel de Louis XIV.

De 1630 à 1643, la Champagne a servi de lieu de séjour à un grand nombre de troupes françaises. Les campagnes ont eu à souffrir des réquisitions et des fréquents pillages.

De 1649 à 1651, ce sont les troupes du baron d'Erlach, du parti de la Fronde, qui se sont installées en Champagne et ont pillé la région.

En 1652, enfin, c'est un parti de Lorrains qui est passé dans les environs et a ravagé la campagne sur son chemin.

C’est probablement pendant cette période que Rieux, situé dans une zone bien marquée de villages pillés allant d’Esternay à Vieils-Maisons (02), a connu sa ruine définitive et que la commune s’est éparpillée en une nuée de hameaux.

En 1654, par rachats successifs, Jacques de Boubers, avait reconstitué la seigneurie de Rieux. Il semble par contre que Chénézard n’ait été définitivement acquis qu’en 1682.

Le 6 juillet 1673, Catherine,l'aînée des filles de Jacques de Boubers a épousé en l'église de Rieux Charles de La Rouère, seigneur de Festigny. Après la mort de son mari, elle aura, en 1687, des démêlés judiciaires avec l’abbaye d’Hautvillers et, notamment, avec le célèbre Dom Pérignon.

Louise de Condé est décédée le 6 octobre 1678. Elle a été inhumée en l'église de Rieux.

Jacques de Boubers est décédé, lui, en 1682 et a été inhumé aux côtés de sa femme. Son second fils, lui aussi prénommé Jacques, lui a succédé comme seigneur de Rieux.

Il a épousé à une date inconnue Jeanne Cardon avec laquelle il aura deux enfants : Jean et Jeanne. Il semble avoir renoncé à sa charge quand les années ont commencé à peser sur lui car sur la dédicace de la cloche de l’église, fondue en 1723, c’est son fils Jean qui est dit seigneur de Rieux.

Un dénombrement du royaume nous apprend qu’en 1709, Rieux (et tous ses hameaux) comptait 63 feux, ce qu’on appellerait de nos jours des ménages, ce qui peut donner une estimation de population de 250 à 300 habitants.

Un nouveau dénombrement de 1735 nous donne pour Rieux, Le Moncet, Mont-Robert, Fontaine-Armée et Ville-Perdue, un total de 51 feux, soit une baisse probable de la population d’une cinquantaine de personnes. Cependant, ces données sont des estimations basées sur les impôts que payait la paroisse et cette baisse pour être aussi bienavoir pour origine une diminution de richesses.

Jean de Boubers avait épousé à une date inconnue la fille du seigneur du Véziers mais était décédé sans enfant en 1744. Jacques, alors probablement âgé de plus de 80 ans, a alors marié sa fille Jeanne, âgée elle de 40 ans, au seigneur de Villiers-Saint-Georges, Augustin Lecladier de Belle-Joyeuse, lui-même veuf, et lui a donné la seigneurie en dot. Cet ancien capitaine de cavalerie rendra hommage de Rieux le 21 novembre 1746.



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LES DES ROYS ET LEURS DESCENDANCE

A la mort d'Augustin, c'est son fils, Joseph-Hyacinthe de Bellejoyeuse, major d'un régiment d'infanterie, qui a hérité de Rieux et de Villiers-Saint-Georges. Célibataire et infirme, il a fini par vendre la seigneurie de Rieux à Jean-Louis des Roys en 1776.

A cette époque, la terre de Rieux était une seigneurie avec haute, moyenne et basse justice ayant pour annexes les fiefs du Pré-Aubert, de Beigneau, du Pré-de-l’Echelle (localisation inconnue) et d’une partie des Hantes (commune de Morsains).

En 1779, Jean-Louis Des Roys avait écrit au Roi un mémoire où il offrait de créer une pépinière royale. Après 1785, il a pu se consacrer entièrement à ce projet et installer à côté de son château une ferme modèle où il a fait planter, entre autres, des pommiers venus de Normandie et a produit du cidre. Jean-Louis Des Roys est d’ailleurs peut-être l’instigateur de la tradition cidrière briarde, tradition encore vivante, particulièrement en Seine-et-Marne,.

A une date inconnue, le fief de Chénézard a été aliéné par madame des Roys, pour la fondation d'un lit à l'hospice de Montmirail en faveur des habitants de Rieux.

En 1787, Jean-Louis Des Roys a vendu à Anatole Jaillon - un de ses domestiques connu sous le surnom de Comtoir – qui demeurait chez lui depuis plusieurs années, la ferme du château ainsi qu'une maison qu'il avait récemment fait construire à Château-Gaillard.

Les Des Roys ont eu de nombreux enfants mais seules les quatre filles survivent jusqu’à l’âge adulte. La plus jeune, Alix a épousé début 1790 le chevalier de Lamartine et a mis au monde en octobre de la même année un fils prénommé Alphonse qui deviendra le poète célèbre. On dit que c’est à Rieux qu’il a écrit ses premières méditations.

Homme favorable aux idées progressistes, à la fin des privilèges et probablement partisan de la récompense selon les mérites du travail, Jean-Louis des Roys a refusé l'émigration de 1791 et s’est au contraire investi en devenant administrateur du département de Seine-et-Marne. Sûr de lui, il n’hésitait pas à faire des voyages à Paris en pleine Terreur.

A la création du département de la Marne, le 16 mars 1790, Rieux s’est retrouvé dans le district de Sézanne (renommé « arrondissement » en 1800) et le canton de Montmirail. Les limites ecclésiastiques ont également changé et, tout en restant dans l’Archidiaconé et le doyenné de Sézanne, Rieux a alors dépendu du diocèse de Châlons.

Jules-François Paré, l’un des fils du régisseur de Jean-Louis Des Roys, avait fait ses études aux Oratoriens de Troyes (10) avec Danton puis était devenu son secrétaire. En 1793, il a accédé au poste de ministre de l’intérieur. Cependant, à la mort de Danton, le 5 avril 1794, il a jugé plus prudent de démissionner et de revenir vivre à Rieux avec une rente annuelle de 12.000 francs. Dans la commune, il n’y avait en effet nulle trace de la frénésie qui touchait les grandes villes.

De Rieux, Jules-François Paré a agi pour accélérer dans la région le changement des noms de lieux voulu par Robespierre pour effacer toute trace de l’ancien régime.

Jean-Louis Des Roys est décédé en 1798. Ses propriétés de Rieux sont alors passées a une de ses filles, Césarine Antoinette, qui avait épousé la 16 janvier 1788 le baron Pierre Benoît Carra de Vaux.

En 1800, les districts ont été supprimés et remplacés par des arrondissement. A cette occasion, le district de Sézanne a été incorporé à l’arrondissement d’Epernay.

Sous l’Empire, Jules-François Paré est devenu administrateur des hôpitaux militaires, mais une nouvelle organisation lui a fait perdre sa place par la suite et il s’est retiré à Mont-Robert avec une rente annuelle de 6000 francs. Il y est mort le 27 juillet 1819.



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L'EPOQUE MODERNE

En 1846, le château est passé par héritage à Alexandre Carra de Vaux. Membre de différentes sociétés savantes, il écrira quelques articles sur Rieux et sur la région.

En 1875, l’école communale de Rieux est construite (mairie actuelle) à côté de la fontaine Saint-Laurent. Cette dernière a été bétonnée et enfermée dans la cours de récréation.

De 1880 à 1890, l’église a subi de grands aménagements intérieurs.

Le Baron Alexandre Carra de Vaux est élu conseiller de la Commune de Rieux le 23 Janvier 1881 et le sera jusqu'à sa mort. Il fera exécuter, à ses frais, des travaux d’améliorations et d’embellissement à la nef de l’église de Rieux le 18 Novembre 1883. Le 10 Mai 1885 Le baron acquière une concession à perpétuité de douze centiares de terrain dans le cimetière communal. Le baron Alexandre Carra de Vaux est décédé le 23 Septembre 1890.


Dernier passage en réunion de conseil
le 4 Mai 1890

Le château a alors échu à sa femme Marie Madeleine Nathalie (née Marchand d'Epinay) qui ne lui a survécu que deux ans puis est devenu la propriété de Bernard Carra de Vaux son petit-fils. Erudit comme l’était son grand-père, il étudiera particulièrement l’islam et publiera notamment la série des « Penseurs de l’islam ». C’est probablement lui qui a fait construire, au début du XXe s., une tour carrée au bout du côté occidental du château.

Au cours des combats de la première bataille de la Marne, Rieux a brièvement été occupé par les troupes allemandes pour être libéré le 8 septembre 1914 par la première division du général Pétain. Des pièces d’artillerie seront installées vers Mont-Robert pour tirer sur Montmirail, occupé par les Allemands. Rieux faisait partie de la zone longeant le Petit-Morin d’où est partie la contre-offensive. Le front ne se déplacera plus aussi bas par la suite.

Pendant la seconde guerre mondiale, la région de Rieux a été occupée par les Allemands dès le 13 juin 1940 et ne sera libérée que le 27 août 1944 par les troupes américaines. Des combats ont eu lieux derrière l’église qui ont fait 5 morts - dont un seul Américain - et endommagé deux vitraux. Environ cinquante Allemands ont également été faits prisonniers.

Comme son Grand-père, Bernard Carra de Vaux sera conseiller de la commune du 17 Mai 1908 au 10 Décembre 1919 et y occupera divers commissions, notamment la commission d'organisation des Sapeurs Pompiers de Rieux auxquels il fera un don pour l'achat des uniformes.


Dernier passage en réunion de conseil
le 26 Octobre 1919

En 1952, Bernard Carra de Vaux est décédé sans héritier Le château était à cette époque en très mauvais état. Il a été acquis l’année suivante par un agriculteur, qui, dans l'impossibilité d’en assurer l’entretien, le rasera 3 ans plus tard.

Le 29 Mars 2015
Une erreur d'interprétation m'ayant été signalée dû à un mot mal choisi, j'ai pris soin de rectifier la phrase ci-dessus. Si des personnes ont été blessées, je tenais à dissiper tout malentendu ou mauvaise intention de ma part.



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EN 1845

On connaît précisément les caractéristiques de la commune en 1845 par la statistique du département de la Marne que publia cette année-là M. Jérôme Chalette. On y apprend notamment que :

La commune et ses dépendances avaient des fontaines et des lavoirs.

On y buvait de l'eau saine provenant de puits profonds de 5 à 20 mètres qui avaient été creusés dans la terre rouge et la glaise.

Il y avait 1143 hectares de terres exploitées, dont 961 en terres labourables, 64 en près et pâtures, 45 en bois.

Le sol convenait au froment, à l'avoine et au trèfle et le fumier était plutôt rare.

Il y avait vingt-six laboureurs qui employaient 33 charrues et travaillaient 200 hectares de près artificiels qu'ils plâtraient.

Les récoltes avaient été ravagées par les inondations et la grêle en 1825 et par la gelée en 1820.

On y trouvait de la marne, des meulières, de la pierre à chaux, de la terre à brique et à tuile et huit sources abondantes qui ne tarissaient jamais.

Il y avait une tuilerie avec four à chaux qui en cuisait 300 hectolitres par an, chaque hectolitre étant vendu cinq francs.

Le château était “ petit ” mais “ très agréablement situé ”.

C'est à madame Carra de Vaux, qu'appartenait la terre de Rieux et personne n’aurait contesté les bienfaits qu'elle y répandait depuis plus d'un demi-siècle.

Les familles Molin et Maricot étaient réputées être très anciennes .

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Bibliographie:

Arbois de Jubainville, Henri, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, Paris, 1859-1866

Boitel, abbé, Histoire de Montmirail-en-Brie Paris, 1865

Bouquet; dom Martin, Recueil des historiens des Gaules et de la France, tome VII, Paris 1870

Carra, Alexandre François Louis, baron de Vaux , Lamartine et Alix des Roys, sa mère, dans la Brie, in Revue de Champagne et de Brie, Paris, 1890

Carra, Camille Marie Bernard, baron de Vaux, Quelques Poèmes sur Rieux, Montmirail, 1948

Chalette, Jérôme, Dictionnaire statistique du département de la Marne, Châlons, 1845

Fontaine, Louis, Cent communes de la Brie Champenoise, Meaux, 1983

Gavet, Philippe, Montmirail, Total Archéologie, vers 1988

Guérard, Adolphe, Statistique historique du département de la Marne, Châlons, 1862

Longnon, Auguste, Dictionnaire topographique du département de la Marne, Paris, 1891

Longnon, Auguste, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, tome I, Paris, 1901

Longnon, Auguste, Livre des vassaux des comtés de Champagne et de Brie, Paris, 1869

Malsy, Jean-Claude, Dictionnaire des noms de lieu du département de l'Aisne, Paris, 1999-2001 (3 tomes), version enrichie et corrigée du dictionnaire topographique du département de l'Aisne d'Auguste Matton

Matthieu, M-R., Montmirail-en-Brie, sa seigneurie et son canton, Paris, 1975

Saugrain, Claude, Dénombrement du royaume par généralitez, élections, paroisses et feux, Paris, 1709

Saugrain, Claude, Nouveau dénombrement du royaume par généralités, élections, paroisses et feux, Paris, 1735


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