Nous commencerons cette chronique par Jean-Louis des Roys, car l'histoire de ses aïeuls est pour l'instant encore un peu confuse. Mais dés que nous aurons démêlé tout cela, nous complèterons cette page.

Jean-Louis des Roys est né le 27 août 1724 à Champagne (Ardèche); sa famille était originaire du Forez.

Le 12 avril 1757, il épousa Marie Gavault, fille de noble François Gavault, ancien conseiller du roi et de dame Françoise Mauvernois. Marie Gavault, moins belle que sa mère, mais d'une beauté distinguée et suffisamment dotée, était un bon parti.

De leur mariage, les des Roys eurent deux fils et quatre filles. Leur deux fils moururent célibataires. L'aîné sur qui on fondait de grandes espérances fut conseiller au Parlement de Rouen, on voulait en faire un diplomate et déjà il avait reçu pour Genève une mission dont il s'était bien acquitté. Le second fut à 14 ans doyen du chapitre de l'église de Mortain, bénéfice à une nomination du duc d'Orléans. La Révolution lui ayant fait perdre son canonicat, il tourna ses vues vers la poésie dramatique, mais il n'était que versificateur. On le constate moins par l'insuccès de ces pièces de théâtre que par la composition de deux Poèmes, l'un sur la géométrie, l'autre sur le tabac.

Quant aux filles, elles firent de très honorables alliances. La première, Émilie épousa le comte de Rochemont gentilhomme du duc de Valois; la seconde, Françoise, M Henrion de Saint-Amand, frère de M Henrion de Pansey, le célèbre auteur de l'Autorité judiciaire; la troisième Césarine, le baron Carra de Vaux et la quatrième Alix, le chevalier de Lamartine de Prat.

Jean-Louis des Roys fut d'abord avocat à Lyon où il acquit une grande réputation d'intelligence des affaires et de probité. Élu échevin en 1766 et Ier échevin en 1768, il eut en cette qualité l'administration de la ville de Lyon en l'absence du Prévost des marchands.

La renommée de son mérite parvint jusqu'au duc d'Orléans qui le décida à quitter Lyon pour une charge d'intendant de ses domaines. Sa nomination eut lieu le 14 décembre 1768. Il partit pour Paris le 22 du même mois, Mme des Roys vint le rejoindre le 16 mars suivant avec ses enfants.

Mme des Roys avait été élevée à Lyon dans les principes et les habitudes d'une vertu religieuse et filiale, respectueuse de toute autorité légitime; principes qui étaient le propre caractère de la noblesse comme de la bourgeoisie lyonnaise. En fréquentant les salons de Paris, notamment celui de la famille Grimod de la Reynière avec laquelle elle avait des liens de parenté, où le luxe de la haute finance attirait avec la noblesse de Cour les principaux représentants des sciences et de arts, elle dut en conservant ses vertus premières, acquérir les qualités et la distinction du grand monde.

D'autre part la conversation de M des Roys, bien que celle d'un administrateur, n'avait ni sécheresse ni froideur, la finesse de son esprit, la chaleur de ses sentiments et l'élévation de ses vues charmaient ses interlocuteurs. Son salon fut bientôt le rendez-vous d'hommes tels que Grimm, Laclos, Morellet, Buffon, Necker, d'Alembert, Florian, l'historien Gibbon, le médecin Tronchin, salon moins politique et surtout moins révolutionnaire que littéraire et philosophique.

Le 23 mai 1772, Mme des Roys fut nommée sous-gouvernante des enfants du duc de Chartres, sous la direction de Mme la marquise de Rochambeau. Celle ci alors fort âgée dut sans l'abandonner, quitter l'appartement de la cour des fontaines, pour résider soit à Paris, soit à Saint-Cloud. Les plus jeunes filles des Roys; Césarine et Alix, avaient alors sept ans et demi et quatre ans.

Louis Philippe le futur roi, ne vit le jour que le 8 octobre 1773, et Mme Adélaïde que le 22 août 1777, néanmoins elles purent en bien des circonstances participer aux récréations et même aux leçons des enfants princiers. Alix se rappelait les leçons de danse de Vestris prises avec eux, et Césarine conserva comme souvenir des leçons de dessin, un tête dessinée par le duc de Chartres.

Cette première éducation enfantine, très incomplète pour les enfants de Mme des Roys, n'aurait pu suffire, aussi elle obtint du duc d'Orléans, dés 1777, l'entrée de Césarine au chapitre noble de Salles en beaujolais et moins de trois ans après, celle d'Alix réclamée avec insistance par sa sœur. Cette vie de chapitre n'exigeait pas la clôture des jeunes pensionnaires, qui ne pouvaient s'engager qu'à l'âge de trente ans. On accordait facilement des vacances que les jeunes filles venaient passer soit à Paris, soit à Saint-Cloud, soit à Rieux, terre de Rieux que M des Roys avait acquit en 1776. Alix entra sous le nom de mademoiselle de Rieux au chapitre de Salles.

M des Roys dévoué aux intérêts de ses mandants, ferme éclairé et consciencieux, rendit d'éminents services à la maison d'Orléans. Dés son début dans l'administration, il obtint par la résiliation d'un traité d'une compagnie Latache, une augmentation notable des recettes dans l'exploitation de la forêt de Villers-Cotterets. Il fit ensuite rentrer dans l'apanage des domaines et des bois qui n'y figuraient plus. Ce fut grâce à ses soins et à son travail que l'affaire des princes de Chimay qui durait depuis des siècles, prit fin par une transaction. Enfin, il prépara, à la satisfaction des héritiers, le règlement de leurs droits dans la succession de la duchesse d 'Orléans, née de Bourbon-Conty. Voyant cela, le duc d'Orléans lui confia en 1779 la régie de ses domaines et forêts de Carignan, Albert et Fère-en-Tardenois.

En 1785, le duc de Chartres, celui qui fut Philippe-Egalite devint duc d'Orléans par la mort de son père. M des Roys n'avait que dix sept ans de service, ce qui ne lui donnait pas droit à la retraite. Néanmoins la mort du prince auquel il était attaché, l'état d'esprit passant des théories philosophiques à l'action révolutionnaire, les constructions ruineuses au Palais Royal, son âge de 62 ans, lui firent désirer le repos. Le nouveau duc d'Orléans, qui savait qu'il n'avait reçu que son traitement sans gratification, ni pour conclusion d'affaires heureusement terminées, ni pour surcharge de la gestion de ses biens personnels, lui accorda en mai 1786 sa liberté jointe à une pension de retraite avec survivance pour partie en faveur de Césarine et d'Alix.

Quant à Mme des Roys, lorsque Mme de Genlis devint gouvernante des princes d'Orléans, ne partageant pas ses vues sur l'éducation, elle manifesta l'intention de se retirer. Mme de Genlis qui connaissait la considération dont Mme des Roys jouissait et l'affection qu'avait pour elle la duchesse de Chartres, devenue duchesse d'Orléans, fit ce qu'elle put pour la retenir, mais sans succès.


Le 16 janvier 1788 Césarine épousait à Salles, dans l'église de son chapitre, l'héritier de la baronnie de Vaux, dont le château était à mi-côte d'une montagne voisine. Dans le contrat de mariage, ses père et mère, qui avaient conservé l'appartement qu'ils occupaient au Palais-Royal cour des fontaines, sont dits M des Roys, ancien intendant des finances, et Mme des Roys, sous-gouvernante honoraire de la Maison d'Orléans. La future fut conduite à l'autel par M de la Poliguière, délégué du duc d'Orléans, et par la Prieure. Toutes les chanoinesses signèrent l'acte de mariage. Deux ans après, le 7 janvier 1790, Alix épousait à Lyon le chevalier de Lamartine de Prat. Le contrat de mariage fut passé au domicile de sa sœur, Mme la baronne de Vaux.

M des Roys n'avait pas attendu sa retraite pour commencer la réalisation de ses projets d'amélioration de la culture dans la Brie champenoise et l'achèvement à Rieux d'un asile plus confortable pour ses vieux jours. Il fit construire, sauf la grange, tous les bâtiments de la ferme, de manière à pouvoir en surveiller facilement les travaux dont il prit la direction à l'expiration du bail. Le pigeonnier, à défaut du guano encore inusité, put contenir quatre mille pigeons, et un pressoir en bois de chêne dut remplir ses tonneaux de liqueur dorée d'un vaste verger et de longues allées plantées des meilleures essences des pommiers de Normandie. Il forma une grande prairie avec canal d'irrigation. Enfin, en 1780, lors du renouvellement des baux de l'Administration pour les routes, il s'engagea à, fournir cinquante mille pieds d'arbres en dix années. Sa culture était devenue pour son temps une exploitation modèle; on en a longtemps conservé le souvenir dans la contrée.

M des Roys, étant souvent absent; ne pouvait pas conduire seul sa culture. En achetant Rieux, il avait trouvé comme régisseur le chef de la famille Paré. Il fit le 24 novembre 1799 un traité par lequel est réglé le prix rémunératoire de la gérance, et dans lequel Jacques Paré est qualifié : concierge, garde-chasse, greffier de la Prévôté de Rieux et "mon régisseur".

Le fils de Jacques Paré, Jules naquit dans les dépendances du château. Il deviendra avocat au Parlement de Paris en 1782 et sera le secrétaire et ami de Danton de 1793 à 1794.

M des Roys n'avait, avec Jules Paré que de simples relations de courtoisie entre voisins.

Les personnes dont M des Roys faisait sa société à la campagne étaient au Marais, M de Pompéry, qui mourut de saisissement en apprenant la mort de Louis XVI; à Morsins, la famille Guérard; à Vinet, le marquis Cervasca, dont la femme avait hérité des clefs de saint Hubert.

Dés 1790, M des Roys avait cessé de recevoir sa pension d'Orléans. Les temps étaient durs; bientôt les assignats furent discrédités; les infirmités de la vieillesse commencèrent à se faire ressentir, les dispendieuses entreprises agricoles se trouvaient suspendues; on ne cultivait plus que pour vivre, et néanmoins le canton de Montmirail, avec sa population laborieuse et sensée, sous l'influence d'un homme instruit, ennemi de l'arbitraire et de la violence, M Léonard, était un asile relativement enviable. M des Roys écrira à son frère le 29 juillet 1793 : " La position de Lyon jette bien du noir sur nos entretiens, nous sommes dans la plus vive inquiétude sur tant de personnes qui nous touchent de si près, qui nous sont si chères; ah cher ami, que ne puis je t'arracher, toi et ta famille entière, de ce séjour qui doit être si pénible, si alarmant, et vous recevoir tous à Rieux, où règnent le calme, la sûreté, et la paix, nous serions si heureux qu'on peut l'être dans ces temps de troubles. "

M des Roys vécut encore cinq ans environ, infirme presque aveugle, et y mourut âgé de plus de 66 ans le 15 octobre1798.

Mme des Roys, restée veuve, s'appliquait à entretenir Rieux dans l'état d'amélioration où M des Roys l'avait mis, lorsqu'elle reçut de la duchesse d'Orléans une mission difficile à remplir à son âge et dans la saison où elle lui parvenait. Mais l'affection qu'elle portait à la duchesse et pour ses élèves, ne lui permettait pas de la décliner.
La princesse Adélaïde, à l'époque de l'émigration, avait été conduite en Suisse au couvent de Sainte-claire par Mme de Genlis sous la direction de laquelle elle demeurait. Mais plus tard les plaintes des émigrés, la contrariété que les religieuses éprouvaient sous la direction de Mme de Genlis, et enfin les désir de la princesse elle même déterminèrent le départ de Mme Adélaïde pour la Hongrie, où elle fut généreusement accueillie par sa tante. Ce fut là que Mme des Roys dut aller réclamer celle ci pour la reconduire à sa mère à Saria, près de Barcelone, où la duchesse d' Orléans vivait en exil depuis le 18 fructidor.

Au début de l'hiver 1799, Mme des Roys prit avec elle une jeune négresse, nommée Carissa, enfant amenée au Palais-Royal pour Mme Adélaïde, et qui confiée à Mme des Roys, grandissait à Rieux. Elle récupéra sa jeune élève en Hongrie et s'embarqua pour Venise, et aborda à Rose.

Le capitaine de vaisseau ne devait pas quitter le bord, mais le désir d'être témoin de la remise de Mme Adélaïde à sa mère, ainsi que l'attrait secret des félicitations que lui méritait l'heureuse traversée, l'avait emporté sur la consigne. Malheureusement il dut se le reprocher, lorsque de retour sur la plage, il aperçut son navire horriblement maltraité par une furieuse tempête! Il put cependant faire réparer le navire et remettre le bâtiment à flot.

Mme des Roys, après la satisfaction d'avoir rendu à la duchesse d'Orléans le service qu'une mère apprécie le plus, vint finir ses jours à Rieux, où elle mourut le 10 juillet 1804.

Elle aura fondé par son testament, l'hospice de Montmirail, des lits pour les malades de sa commune.

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